Les arts de Madagascar exposés au Musée du quai Branly à Paris

Première grande exposition consacrée à la création malgache depuis 1946, « Madagascar, arts de la Grande Île », qui se tient au musée du quai Branly – Jacques Chirac jusqu’au 1er janvier 2019, invite à s’interroger sur l’émergence d’une culture originale au gré de multiples métissages.

C’est la première grande exposition sur les arts de Madagascar. Organisée en collaboration avec le Metropolitan Museum à New York et celui du Musée d’art et d’archéologie de l’université d’Antananarivo, l’exposition du musée du Quai Branly montre la beauté, la subtilité, la spécificité et la diversité de ces arts : tissus, perles, peintures, architecture, sculptures, vanneries, photographies… Et elle répond à la question si des œuvres d’art malgaches sont concernées par la question de la restitution d’œuvres d’art à l’Afrique.
Avec le commissaire Aurélien Gaborit, responsable de collections Afrique au musée du quai Branly et responsable du Pavillon des Sessions au Musée du Louvre, Stéphane Martin, président du Musée du Quai Branly et Pierrot Men, photographe malgache.

« Ces œuvres, tableaux, aquarelles, dessins proviennent du fonds graphique du musée, inauguré en 2006 », explique Sarah Ligner, responsable de l’unité patrimoniale Mondialisation historique et contemporaine de l’établissement et commissaire de l’exposition.

Les arts de Madagascar exposés au Musée du quai Branly à Paris
Les arts de Madagascar exposés au Musée du quai Branly à Paris by Hôtel*** Restaurant gourmand Coco Lodge Majunga

Une collection méconnue qui a commencé à se constituer lors de l’Exposition coloniale internationale de Paris en 1931 avant de rejoindre le musée des Colonies, puis celui de la France d’Outre-Mer. « Sous l’impulsion d’André Malraux, celui-ci est ensuite devenu le musée des Arts africains et océaniens, installé Porte Dorée à Paris et fermé en 2003. Les œuvres ont alors rejoint le musée du quai Branly, inauguré en 2006 », ajoute la commissaire. Certains dessins proviennent aussi du musée de l’Homme.

À PROPOS DE L’EXPOSITION

Située au large des côtes est-africaines, caressée par l’Océan indien, l’île de Madagascar est un continent en miniature. Une position exceptionnelle, qui explique une diversité – naturelle, linguistique, culturelle – unique au monde. Bien avant l’arrivée des Européens en 1500, ce fragment de terre a constitué un melting-pot extraordinaire au gré des voyages et migrations africaines, perses, arabes, indiennes et sud-asiatiques.

Ces métissages, indispensables à la compréhension de la culture malgache, l’exposition choisit de les révéler à travers les créations artistiques de l’île, chacune replacée dans son contexte et son époque. Un art méconnu, qui transparaît dans le quotidien de ses habitants, dans l’architecture, le mobilier ou les objets personnels (étuis, coiffes ou bijoux) au design épuré. Et qui gagne en raffinement, lorsqu’il a trait au sacré et au monde des défunts, comme en témoignent certaines pièces utilisées dans les cérémonies rituelles funéraires, à l’esthétique subtile, qu’elles soient tissées de soie (textiles) ou sculptées dans le bois (poteaux, sculptures) ou composites (amulettes).

Madagascar

Il est un adjectif qui revient fréquemment quand un naturaliste vous parle de Madagascar : « endémique ». Le dictionnaire Larousse précise le terme : « Se dit d’une espèce vivante dont la présence à l’état naturel est limitée à une région donnée ». Rien d’étonnant, alors, à ce que la grande exposition Madagascar, Arts de la Grande Île proposée par le musée du quai Branly – Jacques Chirac (Paris) jusqu’au 1er janvier 2019 s’ouvre sur un clin d’œil à des animaux-symboles que l’on ne trouve nulle part ailleurs : les lémuriens.

Pourtant, en matière de réalisations humaines, le terme « endémique » pourrait prêter à confusion tant ici les influences extérieures ont été nombreuses à façonner la création malgache. « On l’aura compris, l’art de Madagascar se décline au pluriel, et il est bienvenu que l’exposition le réinscrive dans la profondeur historique de l’île, écrit Stéphane Martin, le président du musée. Car c’est bien la richesse d’un espace carrefour que donne à appréhender Madagascar, dont on peut dire, en écho à Aimé Césaire pour qui « une île est toujours veuve d’un continent », qu’il a d’abord fallu que cette île-là épouse le monde pour pouvoir devenir elle-même. »

Cabinet de curiosités

De facture plutôt scolaire, l’exposition proposée par le commissaire Aurélien Gaborit a les défauts de ses qualités. Avec l’ambition de brasser tous les sujets ou presque, elle offre la jouissance poétique des cabinets de curiosités mais prend parfois le risque de survoler certains éléments clés des cultures malgaches. Il serait néanmoins fort dommage de bouder son plaisir, pour une simple et bonne raison.

Depuis Ethnographie de Madagascar, exposition présentée au Musée de l’Homme en 1946, aucun panorama de grand ampleur n’avait été consacré aux arts de la Grande Île.

Monde des vivants, monde des morts

Aurélien Gaborit a donc choisi une approche pédagogique fonctionnant comme une introduction à des mondes complexes qui, chacun, pourraient eux-mêmes donner lieu à de futures expositions. Le visiteur commence ainsi par découvrir « Madagascar dans l’espace et dans le temps » (première partie), puis il fait connaissance avec « Le monde des vivants » (deuxième partie) avant d’effleurer « le rapport entre les mondes invisibles et parallèles, et le monde des morts » (troisième partie). Tout du long transparaissent les différentes influences reçues et assimilées par les populations de l’île.

DES SOCIÉTÉS ORIGINALES ET ORGANISÉES EN ROYAUMES HIÉRARCHISÉS

À l’origine, bien entendu, les contacts humains et les mouvements de populations issues des régions les plus proches, l’Afrique, la Péninsule arabique, l’Inde et l’Asie du Sud-Est (Austronésie). Les apports sont variés, les peuples austronésiens emportent avec eux le riz, l’igname et le cocotier entre le Vème et le VIIIème siècle tandis que les peuples africains débarquent avec leurs zébus au Xème siècle. « La riziculture et l’élevage ont considérablement modifié le paysage de Madagascar », explique le commissaire. Mais le paysage n’est pas le seul à être modifié. Un riche métissage culturel et des échanges qui se poursuivent par l’intermédiaire de villes portuaires ouvertes sur les courants de l’Océan indien donnent naissance à des sociétés originales, organisées en royaumes hiérarchisés.

Il n’existe pas de culture endémique et c’est sans doute dans l’exploration de cette imbrication d’influences, d’assimilations, de rejets, de transformations au gré des siècles et des échanges, que réside le principal intérêt de cette exposition introductive. Il en faudra bien d’autres, pour aller plus loin dans le mystère de la création, pour disséquer les résistances culturelles au joug colonial et le maintien des formes traditionnelles du sacré face à l’islam, au christianisme, voire à l’hindouisme.

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